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L'association Brouillons de Culture à DOUAI crée ce blog pour tenir le public informé de ses activités tout au long de l'année.

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Un étudiant de Lille 3 répond lui aussi à François Busnel

Que répondriez-vous aux propos de  François Busnel :

«Je dois l’avouer, je n’ai jamais cru aux vertus de ce que le monde de l’édition appelle "la littérature jeunesse »… […] ce secteur m’est toujours apparu comme une invention marketing destinée à écouler une production souvent mièvre et à soutenir des maisons d'édition en mal de chiffre d'affaires. [… ] il faut donner aux jeunes des lectures qui ne sont pas de leur âge. Jack London, Robert Louis Stevenson, Jules Verne, Alexandre Dumas, Homère ou Tolkien, mais aussi Balzac, Stendhal, Maupassant, Simenon ou Graham Greene ne sont pas de si mauvais maîtres ».

                                                            

                                            (François Busnel, « Lisez jeunesse ! », L’Express, 24 novembre 2010)

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Lettre ouverte à François Busnel

Il est des choses qui chaque année reviennent, telles un boomerang qu'il faut rattraper et relancer sans se le prendre dans la figure.

Oui, monsieur Busnel, vous n'êtes pas le premier à vous essuyer les pieds sur la littérature jeunesse et, non, vous ne serez pas non plus le dernier. À chaque salon de la littérature jeunesse de Montreuil, c'est la même rengaine. Comme chaque année, droit de réponse oblige, voici le plaidoyer de l'édition pour enfants.
            Tout d'abord, mon cher François, (je te tutoie, depuis le temps…), tu critiques la littérature jeunesse pour sa piètre qualité et son aspect marketing. Je me permets de retourner ton argument.
Certes, comme partout, il y a toujours de la mauvaise herbe, même dans les champs traités avec amour. Mais tout de même, l'édition jeunesse ne représente qu'une toute petite partie de la production annuelle. Les plus gros producteurs de "mièvreries", comme tu aimes à les nommer, ne sont certainement pas dans le monde de l'édition jeunesse.
 
Change de cible, mon ami, si tu désires t'insurger contre la bêtise. Bien sûr, comme dans tout secteur, le "chiffre" compte mais ce n'est pas la priorité de tous ces petits éditeurs passionnés. Regarde un peu autour de toi : que ce soient L’école des loisirs ou en moins grand mais tout aussi important, les Éditions Corentin, tous ces acteurs proposent des œuvres d’une grande qualité accessible à toutes les bourses. Il serait peut-être temps de quitter les plateaux télévisés et les radios pour t'intéresser un peu à leur travail.
 
La littérature jeunesse a bien évolué depuis ton enfance. L'enfant est désormais considéré comme tel et non plus comme un adulte en gestation. Il a des capacités et il faut lui donner la possibilité de les exercer. Trois objectifs sont visés. L'éducation, il faut transmettre un savoir à l'enfant. L'identification, l'enfant doit s'approprier le livre et se construire une personnalité qui lui est propre. Et enfin, le divertissement. N'oublions pas que l'enfant doit avoir envie de lire. Je ne suis pas sûr que l'enfant s'amuse autant avec Balzac et Homère qu'avec L’album d’Adèle de Claude Ponti ou un Pef d'aujourd'hui.

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Oui, aujourd'hui, les auteurs entrent dans la psychologie de l'enfant, dans son inconscient. Ils abordent aussi des tabous nullement discutés par Flaubert ou Jules Verne. Regarde un peu le petit Max et ses Maximonstres de Maurice Sendak, à mon avis, il aurait vite fini dans la mine s’il avait subi le crayon de Zola…
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Nos enfants se questionnent et demandent des réponses. Mais donnons les leur ! De nombreux thèmes divers et variés sont abordés, la mort, la maladie, l'homoparentalité, la dictature… Des auteurs et illustrateurs, d’hier et aujourd’hui, ont donné un sacré coup de fouet à cet univers que tu ne cesses d’ignorer. Jette un coup d’œil aux œuvres de Tomi Ungerer, de Benjamin Lacombe reconnus internationalement mais semble-t-il, inconnus de toi.
 
Les livres proposent aux enfants de s'ouvrir à eux-mêmes et au monde, de s'ouvrir aux autres. Le monde de demain, c'est eux. Donnons-leur, dès leur plus jeune âge, les clés pour comprendre ce monde et ses problèmes, parlons-leur de développement durable et des droits de l'homme tant qu'il en est encore temps.
 
Mon cher François, ta vision de l'enfant et de la littérature jeunesse est complètement dépassée. Bien sûr, il faut arrêter de leur donner de la bêtise en boîte mais ne tombons pas dans l’excès inverse, avec toutes ces œuvres, certes sublimes mais, comme tu le dis si bien, "qui ne sont pas de leur âge". C'est ce que les éditeurs jeunesse essaient de faire depuis bientôt quarante ans : donner à l'enfant la possibilité de s'épanouir.

Mais ceci, tu devrais le savoir, avec tous ces exemplaires qu'ils t'envoient chaque semaine. Et pourtant, jamais un mot sur eux et leur travail. Ta librairie est peut-être grande mais il n'y a pas de place pour les livres des petits. Mais j'ose croire que tu n'es pas un idiot. Non, tu es un explorateur et tel Jack London, tu viendras dans ces contrées sauvages, du moins pour toi, qu'est le monde de l'édition jeunesse.

Voilà, je pense avoir bien négocié le boomerang de cette année. Rendez-vous l'année prochaine, mon cher François.
 
       rubon4 Lucas Noyelle, étudiant à Lille 3, UFR Langues et cultures antiques,

  


Notes :

Depuis 2004, François Busnel est directeur du magazine Lire. Il est également éditorialiste à L’Express et chroniqueur sur France Info. De 2005 à 2008, il a présenté chaque semaine en direct Les Livres de la 8 sur Direct 8 et tenu une chronique dans l’émission Vol de nuit sur TF1, de 2001 à 2008. Depuis 2008, il pilote La Grande Librairie, tous les jeudis soir en première partie de soirée et en direct sur France 5

  Lettre ouverte d'Alain Serres aux critiques littéraires  Ici

   La réponse de Ricochet 

 
 
 

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